Chaussures à son pied

POéSIE DANSéE 
Théâtre en mouvement et en musique

Un spectacle où des poèmes sortent des chaussures, où on ne sait pas sur quel pied danser,

Un spectacle qui parle du corps, de la démarche, de ceux qui ne marchent pas droit.

Avec Juliette Kapla et Fabrice Vieira
Textes, conception – Juliette Kapla
Musique – Fabrice Vieira
Regard chorégraphique – Cyril Viallon

Elle marche.
Elle parle de marcher.
Elle parle en marchant.
Elle marche en parlant
et décide que puisque ses pieds bégaient, elle dansera ses paroles.
Et aux antipodes bipèdes d’un grand écart de langage,
elle trouvera peut-être les souliers rêvés, les grolles idéales, les tatanes ad hoc
… Elle trouvera chaussure à son pied.

Autour d’un cercle de chaussures bigarrées, Juliette déploie la recherche et les
hésitations de celle qui voudrait être comme il faut, sur le bon chemin, et n’y parvient pas, à notre grande joie.

Elle profère pieds nus ses poèmes chaussés, ne compte pas les pieds des vers mais compte sur la stabilité de ses semelles. Elle compte aussi sur son partenaire qui l’aide, l’accompagne et la martyrise tour à tour.

Le spectateur est pris par la poésie dansée de textes sonores, qui résonnent en nous comme d’étranges comptines, et par une musique charnelle, actuelle et originale. Tantôt lointaine et inspirée, tantôt avec nous – à côté de ses pompes mais les yeux dans les yeux, tantôt dans des difficultés hilarantes, émouvantes et clownesques, Juliette Kapla tisse avec Fabrice Vieira son histoire du corps, qui est aussi la nôtre.

Que fait là ce corps ?
Corps, t’ai-je ?
Vous me suivez ?
Tu me suis, corps ?
Je suis un corps, d’accord.
Je suis un corps et son cortège de désaccords.
A mon corps défendant je suis de mon corps dépendante.
Sage, mon corps, sage ! Sage, mon corsage, mon corps s’agite.
Je ne sais pas me tenir. J’ai pris le problème à bras le corps et me suis
trouvée dans l’impossibilité d’embrasser plus que ma cage. Thoracique.
Trop classique. Très tragique. Tragédique. J’ai dit tragédique ?
Oh mon corps corvéable à merci, reste un corps vivable, oh merci !

Marcher.
Pour prendre place dans l’espèce, pour se déplacer dans l’espace,
dans les brumes épaisses ou sur les mers de glace
comme firent nos ancêtres les marcheurs de terre, les mangeurs de peurs, les
porteurs d’appeaux, vêtus de peaux
les pères, les mères, les pâtres, les marcheuses marâtres
eux qui nous ont envoyé naître !
Marcher.(…)

 

Ils m’ont dit : Stop ! Vous n’avez pas le permis de marcher !
… Mais je m’en foutais, moi, tout ce que je voulais c’était le permis de charmer
– pour les avoir tous à mes pieds.(…)

 

Garde les pieds sur terre. Traîne pas les pieds. Tiens-toi droite. Tu en fais trop. Tu n’en fais pas assez. T’as pas de voix ! Garde la tête sur les épaules.
Tu nous casses les oreilles. Ne crois pas au Père Noël. Fais ce qu’on te dit.
Ne dis pas ce qu’on t’a fait. Montre-toi sous ton meilleur jour !(…)

 

Il ne suffit pas de dénouer ses chaussures pour se défaire du passé ;
il ne suffit pas de faire un noeud à ses lacets pour se souvenir du futur
Il ne suffit pas de souffler sur ses doigts pour éteindre le feu du songe,
ni pour atteindre le fond de son Je
Il ne suffit pas de serrer les poings pour enfermer les mots
ni d’ouvrir les mains pour libérer la parole

 

Photos Michel Le Ray